L’Italie belle avec les Médicis
En tant que lauréat du Grand Prix de Rome de Musique 1872 et pour parfaire sa formation, Gaston Salvayre sera pensionnaire ‘pro tempore’ de la Villa Médicis, notre Académie de Musique à Rome. Exactement du 21 janvier 1873 au 12 décembre 1876.
Un séjour qu’il tiendra à effectuer en totalité, à la différence de Debussy, lauréat dix ans plus tard. Le futur auteur de ‘Pelléas et Mélisande’ abrègera au plus vite son exil romain pour retrouver la jeunesse bouillonnante des cafés de Paris, poètes symbolistes ou peintres impressionnistes de ses amis.
Mais le Méridional Salvayre, comme avant lui Berlioz, nouera des rapports cordiaux et fructueux dans les cafés de la Trinité des Monts où se produit un constant brassage international de jeunes talents.

Fruit d’une terre médicéenne
Julien de Médicis, d’après Botticelli.
Les Salvayre, de Castanet-Tolosan proche de Toulouse, sont une famille-souche, déjà ancrée au cœur du Lauragais lorsque Catherine de Médicis apporte en dot ce comté au futur roi de France Henri II.
Une terre héritée de sa mère Madeleine de la Tour d’Auvergne, épouse de Lorenzo de Médicis, le petit-fils du Magnifique. Très tôt orpheline, Catherine sera élevée au Vatican par son parent, le pape Clément VII. Lequel n’est autre que le bâtard de Julien, le malheureux cadet de Laurent le Magnifique, qui a été assassiné dans la cathédrale de Florence, victime de la conspiration des Pazzi.

Villa et pianoforte
L’Académie de France s’est implantée en 1803 à la Villa Médicis, sur la colline du Pincio, où se déroule l’impressionnant escalier, dessiné par un Français, qui mène de la Trinité des Monts à la place d’Espagne.
Deux élégantes tours, une loggia centrale, des parterres, un long belvédère font le charme de cette demeure Renaissance.
L’un de ses premiers propriétaires, Ferdinando 1er de Toscane, était l’époux d’une nièce de Catherine de Médicis, Christine de Lorraine, élevée à la cour de France.
Sait-il, le jeune lauréat du Prix de Rome, que le piano sur lequel il élabore ses compositions est dû aux bienfaits de cette même famille Médicis ?
En accueillant Bartolomeo Cristofori (1651-1731), les Médicis, poursuivant leur mission de mécènes avisés, lui ont permis d’affiner sa trouvaille : le remplacement des sautereaux du clavecin par des marteaux. C’est en Allemagne que le perfectionnement de cette technique révolutionnaire aboutira au pianoforte actuel.

Mercure et Calypso
Calypso, la cantate profane, qui a valu à Gaston Salvayre le Grand Prix de Rome, s’inspire des amours d’Ulysse et de la nymphe Calypso, une idylle puissamment aidée par Mercure. Reproduction fidèle de la fameuse statue florentine de Giambologna, le dieu aux pieds ailés accueille le jeune musicien dans les Jardins de la Villa Médicis.
Une silhouette familière puisqu’elle orne le Jardin des Plantes de Toulouse où on le conduisait enfant pour aller nourrir chèvres et canards…
Mercure, dieu de l’inspiration poétique et de la gymnastique qui donne la beauté ! Mercure, sculpté dans cette superbe ‘attitude’ adoptée comme figure de danse classique.
Et voici à nouveau Catherine de Médicis : ne lui doit-on pas l’introduction du Ballet de Cour en France, grâce à la cohorte de maîtres italiens qui l’ont suivie ?
En 1877, Gaston fera jouer son ballet ‘Le Fandango’ à l’Opéra de Paris, l’Académie Royale de Musique créée par Louis XIV, tellement passionné de danse qu’il aura été notre premier danseur-étoile !

Descendant des ‘cisiarii’
Les cisiarii
mosaïque des Petits Thermes


(cisiarius : conducteur ou fabricant de cabriolets)
Abandonnant pour quelques heures la ‘Villa’, comme disent les initiés, il a fait cette promenade à Ostia Antica, il a lézardé dans les vieilles rues de la cité en ruine. En foulant le sol des Petits Thermes, il aura découvert avec attendrissement ce cabriolet à hautes roues qui mène à vive allure sa brochette de voyageurs romains vers le port d’Ostie.
C’est la mosaïque des cisiarii, voituriers antiques appartenant à la même corporation que son grand-père, Gervais Salvayre. Le futur musicien est né dans la belle maison de pierre élevée par son aïeul, le voiturier du quartier toulousain de St Georges ; elle était située place Lucas, anciennement Place des Clottes ( boues en occitan).
Non loin de là, le verger des Augustines où s’est fondée la Compagnie du Gay Saber (Gaie Science), ce collège de poètes qui donnera naissance aux Jeux Floraux, la plus vieille académie littéraire d’Europe,
Et le Florentin Pétrarque, qui vient de traverser Toulouse, l’été 1330, en compagnie de son ami Colonna, le nouvel évêque de Lombez, Pétrarque, le premier des humanistes, sera l’héritier des troubadours toulousains Peire Vidal et Aimeric de Pegulhan, ces grands défenseurs du dialecte roman qu’il ne manquera pas de citer dans son Triomphe de l’Amour.

Giuliano et Simonetta, héros d’opéra...
Quel sujet d’opéra inexploité par Salvayre ! Au cœur de l’ardente Florence des Médicis, amours contrariées, destin tragique pour deux nobles amants sur fond de complot meurtrier ! Julien (Giuliano) de Médicis et Simonetta Cattaneo.
Pour peindre Simonetta, le pinceau de Sandro Botticelli. Pour la chanter au nom de Giuliano, le poète Agnolo Poliziano.
Qui sont-ils ?
Simonetta, la plus belle des jeunes femmes.
Fille d’un banquier génois, elle vient orner l’élégante cour de Laurent le Magnifique où l’a conduite son mariage avec un cousin d’Amerigo Vespucci (dont le prénom servit à désigner l’Amérique).
La jeunesse et la beauté triomphantes, la déesse aux formes élancées surgissant des eaux : c’est Simonetta que BOTTICELLI immortalise dans sa Naissance de VénusLa Naissance de Vénus – Galerie des Offices, Florence. Un autre peintre florentin, Piero di Cosimo nous laissera son portraitPortrait de Simonetta Cattaneo, épouse Vespucci –Musée Condé de Chantilly.

Giuliano est le cadet du Magnifique. Il demande à Poliziano de dire pour lui sa passion dans les Stanze per la giostra di Giuliano de' Medici (Stances pour le Tournoi de Julien de Médicis) :

Già s'inviava per quindi partire,
la ninfa sovra l'erba, lenta, lenta,
lasciando il giovinetto in gran martire,
che fuor di lei ormai null'altro omai talenta.


Bientôt, Simonetta est emportée par la phtisie, Giuliano poignardé en pleine messe : la mort scelle leur destin.
Dans son poème ALCYONE (1903), Gabriele d’Annunzio, familier de la Villa Médicis, se souviendra de cette Vénus renaissante :

‘Pace ! Pace ! La bella Simonetta...vagola ... sensa scorta...cantando nova ballatetta’

 

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