Le parfum des iris bleus fleurissant dans la cour d'un garçonnet de Marseille se confond avec le parfum de sa jeune mère, trop tôt envolée. Dans ses mémoires,
UN INSTANT DANS LA VIE D'AUTRUIUn instant dans la vie d’autrui - Maurice Béjart, Flammarion, 1979., Maurice Béjart nous dit que cette odeur continue à vivre sur le dos de sa main...
Dans le jardin de mon enfance toulousaine, avenue Frizac, au long d'une murette de briques rouges et de pavés de Garonne, une rangée de ces fleurs au parfum musqué.
Au-dessus, en relevant la tête, on peut voir le faîte d'une villa. Dégringolant de la lucarne du grenier, aux beaux jours et souvent jusque très tard dans la nuit, des éclats de jeunes voix vigoureuses viennent ricocher contre notre mur aux iris. Celui qui habite cette maison voisine est un autre Maurice.
Il s'appelle Maurice Sarrazin, chef d'une troupe à peine constituée,
Le Grenier de Toulouse, qui répète à plein gosier. Rééditant le nomadisme de
L'Illustre Théâtre, ses comédiens vont partir à l'assaut de nos campagnes. Dans leurs bagages : Plaute, Shakespeare, Molière bien entendu et ses
Fourberies, rangées à côté de
La Machine Infernale de Cocteau. Sans moyens, seule la foi les fait avancer. Avant une juste consécration parisienne.
Je ne sais pas encore qu'une de ces voix est celle de Daniel Sorano, l'Africain de Dakar, qui rejoindra plus tard le TNP de Vilar. Aujourd'hui, son nom orne le fronton de plusieurs théâtres en France et au Sénégal ...
Une chorégraphe, Janine Charrat, est l'invitée de cette villa : elle collabore avec Maurice Sarrazin parce que, de son propre aveu, elle trouve une âme à sa troupe du
Grenier. Janine Charrat à qui Maurice Béjart écrira un jour '
Je t'aime parce que tu es la plus pure'.
Ils règleront en commun le ballet
Les Quatre Fils Aymon.
Point focal : Maurice Béjart aux attaches sénégalaises, ami du président-poète Léopold Sedar Senghor, et invité du Festival d'Avignon, créé par Jean Vilar où s'illustrera Sorano !
Tant de coïncidences disent harmonie, accords secrets. D'autant que l'artère qui débouche sur notre avenue Frizac n'est autre que celle attribuée au cousin compositeur d'opéras et ballets Salvayre ! Faut-il voir là un enchaînement mystérieusement codé entre gens de théâtre ?
Au fil des saisons, j'aurai le bonheur de découvrir bon nombre de créations de Béjart à Paris, Bruxelles, Barcelone, Florence, Venise Et d'approcher l'art de Jorge Donn. Il s'ensuivra un portrait-essai sur l'art de ce lumineux danseur du
Ballet du XX° Siècle.
Je tiens de Jorge Donn que Béjart, devant se rendre à Dakar, prit l'avion avec sous le bras cet ouvrage
fraîchement éditéJorge Donn danse Béjart - France Ferran, illustration Toni Catany, Nathan 1977. (dont il avait rédigé très généreusement l'émouvante préface) pour l'offrir à son ami Léopold Senghor.
Aujourd'hui, dans le parfum rémanent de mes iris d'enfance, j'aime à entendre cette chanson du Président humaniste et poète :