RICOCHETS
Isaac de Camondo, le banquier musicien
Voici un autre élève prestigieux que Gaston Salvayre a eu l'honneur d'initier à la composition : Isaac de Camondo, banquier et collectionneur averti, né à Constantinople en 1851, disparu à Paris en 1911. Passionné de musique, Isaac de Camondo fondera la Société des Artistes et Amis de l'Opéra.
De son oeuvre de compositeur, on retiendra son drame lyrique Le Clown, écrit sur un livret du fameux ténor toulousain Victor Capoul, et créé en 1906 au Nouveau Théâtre de Paris avec le concours de Géraldine Ferrac, soprano américaine.
En 1882, en compagnie de son maître Gaston Salvayre, de Léo Delibes, son autre conseiller musical, ainsi que du violoncelliste Fischer, il fait le pèlerinage à Bayreuth où lui est révélé 'Parsifal'. Isaac entraînera ses compagnons de voyage jusqu'à Constantinople, berceau des Camondo. De ce séjour stambouliote a pu naître sa partition de Bosphorescence.
Isaac de Camondo
© photo 'Les Arts Décoratifs'
Par sa copieuse aide financière, Isaac de Camondo a contribué à la réalisation de l'oeuvre majeure de son ami Gaston Astruc, directeur de la revue 'Musica' : l'édification du Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne.

Astruc devait jouer un rôle de premier plan dans la vie culturelle parisienne jusqu'à la Grande Guerre, plus spécialement dans le domaine de la Musique et de la Danse. C'est ainsi que la scène de son Théâtre des Champs-Elysées est inaugurée le 29 mai 1913 par Le Sacre du Printemps avec les Ballets Russes de Diaghilev. La nouveauté de la musique de Stravinsky, la chorégraphie du jeune danseur Nijinsky scandalisèrent une grande partie du public et de la critique.

Présent le soir de la première avec son beau-frère Alain-Fournier, l'auteur du Grand Meaulnes, Jacques Rivière dans son essai sur Le Sacre du Printemps, paru dans La Nouvelle Revue Française, sut discerner les mérites de ce spectacle novateur où Nijinsky, en retrouvant la simplicité du geste, redonnait à la danse sa capacité expressive. 'C'est un ballet biologique... le printemps vu de l'intérieur dans toute sa violence, ses spasmes... un drame observé à travers un microscope'.

Un quatuor de compositeurs dans le clan Camondo
Des liens familiaux unissent à Isaac de Camondo trois autres compositeurs dont l'histoire de la musique a retenu les noms sinon les oeuvres: Albert Cahen d'Anvers, Camille Erlanger, Léon Reinach.
  • Albert Cahen d'Anvers (1846-1903), oncle d'Irène Cahen d'Anvers, l'épouse de son cousin Moïse de Camondo :
  • Elève doué de César Franck, ainsi que de Léo Delibes tout comme Isaac, il a produit un opéra Le Vénitien (Théâtre des Arts, Rouen, avril 1890) et s'est illustré en tant que mélodiste ( Mélodies sur des poèmes d'Alfred de Musset - Chants mystiques).
  • Camille Erlanger (1863-1909), époux d'Irène Illel-Manoach, la petite-fille de Rebecca de Camondo, grand-tante de Moïse et d'Isaac :
  • Grand Prix de Rome 1888 pour sa cantate Velléda, il est l'auteur de nombreux ouvrages lyriques représentés à l'Opéra ou à l'Opéra-Comique dont Kermaria (1897), Le Juif Polonais (1900), Le Fils de l'Etoile (1904), Aphrodite (1906), La Sorcière (1912), Forfaiture (1921).
  • Léon Reinach (1893-1943), gendre de Moïse de Camondo dont il a épousé la fille Béatrice:
  • De ses compositions, on ne retrouve trace que de sa Sonate en ré mineur pour violon et piano (1926).

    Quant au père de Léon, Théodore Reinach, archéologue et musicologue réputé, il a transcrit un Hymne à Apollon, déchiffré à Delphes en 1893, et dont son ami Gabriel Fauré écrivit aussitôt l'accompagnement pour harpe, flûte et 2 clarinettes. Cet Hymne sera joué le 16 juin 1894 à la Sorbonne, à l'ouverture à du Congrès Sportif International d'où renaîtront, à l'initiative du baron Pierre de Coubertin, les Jeux Olympiques modernes.
    Et c'est d'après Les Perses d'Eschyle que Théodore Reinach écrivit le livret de Salamine, drame lyrique dû à Maurice EmmanuelAuteur également de 'Prométhée enchaîné', de 2 symphonies, 2 quatuors, 1 trio et de sonates. Compositeur et professeur d'histoire de la musique au Conservatoire de musique de Paris. Spécialiste des modes anciens, son intérêt pour les arts antiques rejoignait celui de Théodore Reinach qui lui fournit le livret de 'Salamine'. (1862-1938), une oeuvre magistrale créée en 1929 à l'Opéra de Paris.

    L'autre enfant de Moïse de Camondo était Nissim, que l'on voit assister en 1906 en compagnie de sa soeur Béatrice, à la première du ClownRelaté dans l'essai de Sophie Le Tarnec et Nora Seni 'Les Camondo ou l'éclipse d'une fortune' par 'Hébraïca', ACTES SUD, 1997., l'opéra de leur cousin Isaac. Pilote héroïque de l'Escadrille MF 33, Nissim est mort dans un combat aérien en septembre 1917 à l'âge de 25 ans..
    A la mémoire de son fils unique, Moïse fait de son hôtel parisien le Musée Nissim de Camondo qu'il lèguera aux Arts Décoratifs. Inspirées des hôtels toulousains du 18ème siècle : la rampe de l'escalier d'honneur exécutée d'après celle de l'hôtel Dassier (1770), chef d'oeuvre du ferronnier Joseph Bosc, tandis que les boiseries du salon des Huet sont des copies de celles de l'hôtel DubarryLa luxueuse résidence de Jean du Barry - avocat toulousain qui maria son frère Guillaume à la maîtresse de Louis XV et périt guillotiné comme elle - est aujourd'hui une annexe du Lycée Saint-Sernin., témoignant du goût très sûr du comte Jean du Barry pour la décoration de son temps.
    Albert Cahen d'Anvers (1846-1903)
    BnF/Gallica
     
    Camille Erlanger (1863-1909)
    BnF/Gallica

     

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